Le grand requin blanc pourrait perdre son statut d’espèce protégée en Australie

Publié le par sharkprod

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Le déclin des stocks de nombreuses espèces de requins compromet l'avenir de la biodiversité marine dans son ensemble.
De plus en plus fréquentes, les attaques mortelles de grands requins blancs sur l'Homme pourraient amener l'Australie à reconsidérer le statut de l'espèce, pourtant menacée par la pêche intensive et qui joue un rôle prépondérant dans l'équilibre de la biodiversité marine.

Il n’est pas exclu que l’attaque mortelle d’un surfeur de vingt-quatre ans le 14 juillet dernier, non loin de l’île de Wedge (côte ouest du pays), remette tout en cause.

 

Il s’agit toujours de cas isolés, pour la bonne et simple raison que, répétons-le, l’Homme ne fait pas partie du régime alimentaire des squales, mais à chaque fois, ils sont fortement médiatisés. C’est un fait : parmi toute la biodiversité et quelle que soit l’espèce et quoique par nature peu friands de l’espèce humaine, les requins n’inspirent pas la sympathie. Les Dents de la mer sans doute, encore que la peur qu’ils suscitent ne date pas des années 1970…

Disons que le légendaire blockbuster de Steven Spielberg, par ailleurs régulièrement rediffusé dans tous les pays du monde ou presque, n’a pas contribué à arranger les choses. Surtout, n’éludons pas la forte augmentation de la demande en ailerons de requins, qui fait des dizaines de millions de victimes parmi les poissons chaque année – indépendamment de l’espèce, de sa mine extérieure plus ou moins patibulaire et de ses habitudes de consommation – et remet les choses à leur juste place.

Ces animaux sont-ils victimes de la peur naturelle qu’ils suscitent ? N’avons-nous pas notre pareil pour diaboliser les requins, dont il vaut mieux certes ne pas croiser la route si l’on n’est pas installé dans une solide cage aux barreaux rapprochés (à tout le moins pour ce qui concerne le grand requin blanc, le requin-bouledogue ou encore le requin marteau), mais qui, encore une fois, ne nous convoitent pas ?

Deux attaques mortelles survenues le mois dernier en Australie et au large de l’île de la Réunion ont en tout cas mis le feu aux poudres. Dans le département d’outre-mer, le préfet Michel Lalande, par ailleurs sur le départ, a été accusé par l’ONG deprotection de l’environnement  Sea Shepherd de perdre les pédales en cédant aulobbying des surfeurs et des professionnels du nautisme. Ces derniers ont en effet été incités à encourager moyennant rétribution des pêcheurs professionnels à tuer les requins, lesquels auraient pour ainsi dire perdu la tête, dans certaines zones de la réserve marine. Une décision incompréhensible au regard du rôle de régulateur et de « nettoyeur » de la biodiversité que les squales jouent depuis toujours, tandis que l’article 10 du décret relatif à la création de la réserve précitée stipule que « les activités sportives, ludiques, pédagogiques, touristiques et de promenade ne doivent pas porter atteinte à l’intérêt et au patrimoine de la réserve ».


Un rôle primordial dans l’écosystème marin

En Australie, « c’est le statut même d’espèce protégée (du grand requin blanc) qui est aujourd’hui discuté », rapportent nos confrères du Monde, alors même que deux cents attaques mortelles « seulement » ont été comptabilisées depuis… 1791, dont quarante-six au cours des cinquante dernières années et, il est vrai, cinq dans la région de Perth depuis moins d’un an. Problème : aussi redoutable et effrayant soit-il, le grand requin blanc est inscrit depuis 2004 à l’annexe II de la Convention internationale des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

Un statut peu enviable qui signifie que l’espèce, protégée par les autorités australiennes depuis 2001 et victime comme beaucoup d’autres de la pêche intensive, pourrait être menacée d’extinction si son commerce international n’était pas étroitement contrôlé, rappelle le quotidien sur son site Internet. Et d’ajouter :« Mis en oeuvre l’an passé, un programme d’observation et de suivi montre que ces animaux, qui n’ont guère de prédateurs (NDLR : sinon l’Homme), peuvent rester au large de la côte ouest de l’Australie pendant des mois. Mais rien, à ce jour, ne permet d’affirmer qu’ils sont plus nombreux que naguère. Seule certitude : le nombre de personnes pratiquant des sports nautiques est, lui, en constante augmentation. Pour certains scientifiques, c’est l’explication majeure de la fréquence accrue des accidents. »  

Après l’avant-dernier accident, en mars dernier, le Premier ministre de l’État d’Australie Occidentale Colin Burnett avait exclu un programme d’abattage, considérant qu’il y aurait toujours un risque dans la mesure où les requins sont établis dans la mer. Peut-il changer d’avis sous prétexte d’un nouveau drame ? Interrogé par Le Monde, George Burgess, naturaliste au Muséum d’histoire naturelle de Floride (Etats-Unis), souligne quant à lui que les populations de requins, là encore quelle que soit l’espèce, sont en perpétuel déclin et estime que l’augmentation du nombre d’attaques mortelles est indissociable de celle des interactions entre l’Homme et l’animal. 

Une thèse à laquelle souscrit l’association de défense de la nature Pew Environment Group pour qui, sur deux cent-soixante-dix espèces de requins dont il serait possible d’évaluer l’état de santé, cent-cinquante sont à présent menacées de disparition ou en passe de l’être. Vu la contribution des squales à l’équilibre de l’écosystème marin, il y a matière à tirer la sonnette d’alarme.

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